Station Assemblée Nationale

Lorsque Timothé Toury me propose de participer au concours de la station de métro Assemblée nationale, à mon tour j'en parle au groupe d'architectes rennais MiRo. Le groupe est ainsi constitué: MiRo, architectes mandataires, Timothé, pour le contenu des écrans, moi pour l'approche plastique de l'ensemble et bien sûr, avec Timothé, définition du scénario lumière de la voute. Bien sûr, nous travaillons tous ensemble, en complémentarité. La résultante n'est ni le point de vue de l'un ou de l'autre, mais la synthèse de trois esprits. Les rapports avec la RATP ont été compliqués. (voir l'article télérama

"Assemblée nationale, sur la ligne 12, c’est une station du métro parisien pas comme les autres. Depuis 1990, elle était décorée d’affiches du peintre Jean-Charles Blais, renouvelées régulièrement. Mais la RATP vient d’inaugurer un nouvel aménagement, après une rupture de contrat qui s’est terminée au tribunal, l’entreprise publique ayant été condamnée à verser 14 000 euros de dédommagement à l’artiste pour avoir mis fin à l’affichage sans son autorisation.

Plus d’affiches, donc, mais un élégant carrossage d’aluminium anodisé imaginé par le plasticien Philippe Daney, avec l’agence d’architectes MiRo et le concepteur lumière Timothé Toury. L’assemblage des plaques de métal évoque les murs de pierres du Palais Bourbon. De grands visuels prennent la place des habituels panneaux publicitaires 4X3. Ils montrent des images de l’Hémicycle, reprennent des articles de la Constitution ou cet extrait du Serment du Jeu de paume, formulé en 1789 : « Partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale. » On aperçoit aussi des silhouettes, dont, clin d’œil, celle de Philippe Daney.

 

Un jeu de miroirs rappelle que l’Assemblée doit refléter la volonté du peuple. Certains se changent en écrans numériques projetant en continu une programmation définie par les députés : des films pédagogiques, la chaîne de télévision parlementaire, ou des mots comme solidarité, partage ou universalité exprimant les valeurs de la République. La plupart des voyageurs voient la station depuis leur rame de métro sans s’y arrêter. C’est l’une des moins fréquentées du réseau. L’échelle des informations a donc été disposée au niveau de l’œil des passagers.

L’éclairage de la voûte s’inspire de la luminothérapie : bleuté avant l’aube, orangé le matin, plus calme dans la journée, avec des variations continuelles, comme si des nuages passaient dans le ciel. La RATP en a profité pour pousser à fond l’éclairage de quai, d’un blanc aveuglant. « Nous espérons qu’ils vont le baisser, car ça casse tous les reflets de la voûte sur les murs, et les écrans se retrouvent sous-éclairés », se désole Philippe Daney. Avec ses partenaires, le plasticien a vécu une expérience passionnante : le passage à la modernité d’une entreprise qui, selon lui, n’est pas conçue pour cela. « Les gens de la RATP sont très compétents sur le plan technique, mais restent dans la suspicion vis-à-vis de l’innovation. Ils nous ont demandé de leur montrer où, dans le monde, existaient des stations revêtues d’aluminium anodisées. Mais si elles existaient déjà, nous n’aurions pas choisi cette solution ! Certaines entreprises avec lesquelles j’ai travaillé ont une attitude inverse : elle veulent de la nouveauté et respectent l’expression artistique. Elles vous fichent la paix, car si elles font appel à vous, c’est parce qu’elle savent que vous savez faire. »

 

Malgré ces péripéties, la RATP prouve qu’elle peut introduire de l’inattendu dans ses stations, comme elle l’a aussi fait récemment pour Franklin-Roosevelt ou pour Louvre-Rivoli, belles comme un musée. Dommage que seuls les endroits les plus touristiques en profitent. Pendant ce temps-là, à République ou à Nation, dans les quartiers denses, c’est longs couloirs, carrelage blanc et publicité. Amis du transport public, encore un effort pour être vraiment modernes..." 

Xavier de Jarcy  Publié le 29/09/2016.

 

 

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